Anxiété

Voici un petit texte (sans prétention) fait pendant mes études en massothérapie sur le trouble anxieux et l’attaque de panique, relevant de la lecture de ces trois livres:

“La peur d’avoir peur”, André Marchand, Andrée Letarte, Les éditions internationales Alain Stanké, Montréal, 2004.

“Guérir”, David Servan-Schreiber, Les éditions Robert Laffont, Paris, 2003.

“Relation d’aide et amour de soi”, Colette Portelance, Les éditions du CRAM, Montréal, 2007.

Je vous invite à lire ces ouvrages pour plus de détails sur la compréhension de l’anxiété, l’attaque de panique, l’agoraphobie, le stress, la dépression ainsi que le fonctionnement du cerveau de l’être humain. Bonne lecture!

 

Anxiété, trouble panique

De nos  jours, la vie en société est perçue comme un monde de production et de performance, où l’économie règne sur le bien-être. Il est donc normal qu’on retrouve beaucoup de personnes stressées. Mais le stress n’a pas toujours servi à aider les gens pour faire face au patron et à la journée remplie de travail insurmontable; le stress servait avant tout à nous mettre aux aguets, à aiguiser nos sens pour faire face à une situation dangereuse pour notre survie.

L’anxiété, est une réaction affective provoquée par l’appréhension d’événements pénibles. On utilise le terme « troubles anxieux » pour nommer les peurs et phobies, les inquiétudes et les obsessions excessives qui handicapent les individus. Les réactions d’anxiété sont similaires à la peur, une émotion fondamentale de l’humain assurant sa survie, à la différence que la menace ou le danger y est moins concret, plus flou, voire nul. L’anxiété qui oriente l’attention vers une menace ou un défi, qui prépare le corps à passer à l’action et le motive à opérer un changement peut être très constructive; fonctionnelle, normale. L’anxiété dite pathologique atteint un niveau qui hypothèque le bon fonctionnement d’un individu, s’alimentant d’appréhensions d’événements très improbables ou tout simplement non fondés.

Il existe des facteurs environnementaux ou événementiels prédisposant à l’anxiété : la pauvreté, un divorce, l’absence d’un réseau de soutien en sont des exemples, mais la vulnérabilité biologique (ou génétique) et psychologique domine quant aux chances de développer un trouble anxieux. Pour ce qui a trait à la vulnérabilité biologique ou génétique, la personne répond à une plus grande réactivité aux changements et aurait une réaction d’alarme plus sensible. Quant à la vulnérabilité psychologique, la personne a une faible estime d’elle-même, perçoit l’anxiété comme étant nocive, prête une hypervigilance aux sensations physiques et à leurs variations et a tendance à éviter comme stratégie de gestion de l’anxiété, plutôt que de faire face à une situation. Le dérèglement chimique du cerveau et les traumatismes subits pourraient aussi entraîner un trouble anxieux.  L’anxiété excessive peut entraîner des réactions ou des comportements peu enviables voire même très désagréables; les attaques de panique, la névrose obsessionnelle compulsive, la phobie sociale, le trouble d’anxiété généralisé, la phobie spécifique, sociale ou l’agoraphobie et le syndrome du stress-post-traumatique. Ici, nous verrons plus en détails ce qu’est l’attaque de panique, le trouble panique.

Une attaque de panique est une période délimitée de crainte ou d’inconfort, qui arrive soudainement, qui atteint un sommet en moins de dix minutes et dans laquelle on retrouve au moins quatre des symptômes suivants :

  1. Palpitations, battements de cœur ou accélération du rythme cardiaque;
  2. Transpiration;
  3. Tremblements ou secousses musculaires;
  4. Sensations de « souffle coupé » ou impression d’étouffement;
  5. Sensation d’étranglement;
  6. Douleur ou gêne dans la poitrine;
  7. Nausée ou gêne abdominale;
  8. Sensation d’étourdissement, d’instabilité, de tête légère ou d’être sur le point de s’évanouir;
  9. Déréalisation (sentiment d’irréalité ou dépersonnalisation (être détaché de soi);
  10. Peur de perdre le contrôle de soi ou de devenir fou;
  11. Peur de mourir;
  12. Paresthésies (sensations d’engourdissement ou de picotements);
  13. Frissons ou bouffées de chaleur.

Les réactions d’alarmes ou attaques de panique peuvent se déclarer dans un contexte dangereux, ce qui les justifie, mais lorsque ces dernières arrivent dans un contexte non dangereux, on les appellera « fausses alarmes ». À la suite du déclanchement d’une ou de plusieurs « fausses alarmes » ou attaques de panique inattendues, une réaction d’alarme « apprise » de même que de l’anxiété d’appréhension vont se développer, ainsi que des sensations physiques semblables. Si bien que la personne vivant cette fausse alarme pourra conclure que cette réponse d’alarme elle-même constitue le danger. Elle craindra par la suite ses propres sensations physiques.  C’est donc que cette personne aura « peur d’avoir peur ». Elle développera des comportements d’évitement ou d’échappement à des endroits ou des situations. L’échappement signifie que l’individu quitte une situation, l’évitement réside dans le fait de ne pas y aller du tout.

Lors du déclanchement d’une attaque de panique, c’est le système nerveux autonome (SNA), végétatif ou involontaire qui sera touché. Celui qui permet les fonctionnements automatiques de l’organisme (circulation sanguine, pression artérielle, respiration, digestion, température du corps, sécrétion et excrétion). Ce système comprend deux composantes : le système nerveux sympathique (SNS) et le système nerveux parasympathique (SNP). Les deux systèmes travaillent en constante interaction pour réguler les fonctions qui dépendent du SNA. Le système nerveux parasympathique est associé à un ralentissement général des organes et à une stimulation du système digestif.  Le système nerveux sympathique, lui, sert à mettre en alerte l’organisme et le préparer à l’activité physique et intellectuelle. Retenons que l’activation du SNS, en plus de déclencher une série de modifications physiologiques, va entraîner une intensification de toutes les réactions affectives. Dans un contexte amusant, elle va favoriser le rire; en situation sexuelle, elle renforce les sensations érotiques; dans une situation stressante, elle augmente l’anxiété, elle favorise la colère ou la panique.

Si par exemple, alors que vous étiez calme, à 100 mètre de vous, un arbre tombe sur une personne qui vous est chère et la tient prisonnière; vous serez envahi par des émotions douloureuses et intenses, et vous n’aurez qu’un but : se rendre sur les lieux le plus vite possible et déplacer cet arbre qui comprime la cage thoracique de l’être cher. Alors que votre corps était régulé par une complicité entre le SNP et le SNS, votre système nerveux sympathique va prendre le dessus et pour vous permettre d’atteindre les objectifs : soient de courir le plus vite possible, penser vite et utiliser toute la force donc vous êtes capable. Ce sont les hormones adrénaline et noradrénaline qui seront libérées pour aider l’organisme à faire face à l’urgence.

  • La tension artérielle, le rythme et la force des battements cardiaques augmentent pour oxygéner les endroits les plus importants qui sont, dans ce cas-ci les cuisses et les bras.
  • Les vaisseaux sanguins irrigant ces muscles se dilatent et le sang arrive de façon massive, alors que les vaisseaux sanguins de la peau, des doigts et des orteils se contractent, ce qui provoque l’engourdissement des extrémités et la coagulation sanguine est augmentée en cas de blessure pour éviter l’hémorragie.
  • L’apport sanguin diminue à l’estomac et aux intestins, la digestion est ralentie, la salivation diminue et vous éprouvez des sensations comme la nausée ou des gaz, de la constipation ou de la diarrhée.
  • La force de contraction musculaire s’accentue, les muscles respiratoires se contractent pour une plus grande expansion des poumons, ce qui peut donner la fausse impression d’oppression respiratoire.
  • La fréquence et la profondeur de la respiration s’élèvent grâce à la contraction thoracique et diaphragmatique.
  • Vous transpirez pour refroidir le corps et prévenir une élévation anormale de la température.
  • Vos pupilles se dilatent pour augmenter votre vision périphérique.
  • Votre capacité d’attention est à son maximum et centrée toute entière sur la menace.

Suite à cette aventure, vous serez fatigué par cette dépense d’énergie rapide et intense une fois que la réponse d’urgence cessera. Une fois l’être sauvé, l’adrénaline et la noradrénaline seront métabolisés, et le système parasympathique, grâce à l’acétylcholine, reprendra le contrôle et contribuera à ramener au repos les fonctions autonomes et à réactiver la digestion.

Tous ces changements physiologiques intenses ne vous auront pas fait peur, puisqu’ils ont eu un sens. Lorsque cette réaction d’alarme s’active dans un contexte où il n’y a pas de danger réel, bien qu’elle soit inutile, elle sera tout aussi inoffensive. La seule différence qu’il y aura entre une réaction d’alarme face à un danger réel ou non sera une surabondance d’oxygène due à l’hyperventilation qu’une fausse alarme apportera. En effet, lors d’une activité physique, l’augmentation du rythme respiratoire sert à donner un apport suffisant en oxygène (O2) comme carburant aux muscles qui travaillent et qui relâchent le gaz carbonique (CO2), transporté par le sang, jusque dans les poumons, qui le rejette par l’expiration. Lors d’une fausse alarme, habituellement au repos, nous augmentons l’apport en O2, qui s’accumule sans production de CO2. L’équilibre est perturbé, c’est l’hyperventilation. Il est inoffensif, mais peut être à l’origine de sensations physiques très désagréables : sensation de tête vide, d’étourdissement, d’irréalité et de dépersonnalisation. La série de symptômes disparaîtra dès que la respiration sera ralentie et atténuée.

Nous comprenons maintenant comment une attaque de panique peut être inoffensive pour l’organisme, ne laissant aucune séquelle physique. La peur d’un infarctus, la peur de s’étouffer, la peur de s’évanouir, les jambes molles, la peur de devenir fou, la peur de perdre le contrôle sont autant de discours à déprogrammer dans notre cerveau car ils ne présentent aucun danger. Par contre, si l’anxiété perdure, elle risque d’entraîner la détresse, le déséquilibre de l’organisme et la maladie.

Les émotions et la physiologie du corps sont contrôlées par le cerveau viscéral, aussi appelé le système lymbique, cerveau ancien ou paléocortex. C’est le cerveau des anciens mammifères. Il est situé juste au dessus du cerveau primaire, aussi appelé cerveau primitif, archaïque ou reptilien, lieu des comportements qui concernent la survie et la conservation (dont la reproduction), de la routine et des répétitions. Et le plus volumineux des trois cerveaux est le cerveau supérieur ou néo-cortex, lieux où siège le langage, l’abstraction, l’organisation de la pensée et des associations d’idées. C’est le cerveau de la pensée rationnelle et consciente. Les trois cerveaux sont essentiels l’un pour l’autre. Les cerveaux émotionnel et cognitif reçoivent l’information du monde extérieur à peu près en même temps. C’est pourquoi, coopérant en harmonie, ils se complètent, l’un donne une direction à ce que nous voulons vivre, et l’autre s’organise pour avancer vers ce but le plus intelligemment possible. Lors d’une attaque de panique, les symptômes sont si impressionnants que les victimes ont l’impression de faire un infarctus. Le cerveau lymbique prend soudainement tout le contrôle des fonctions du corps. Tant que le cerveau cognitif restera débranché par l’adrénaline, il sera incapable d’organiser une réponse cohérente à la situation. Mais afin de ne pas en arriver là, les victimes devront trouver l’harmonie afin que leur cerveau cognitif contrôle l’attention consciente et tempère les réactions émotionnelles. Cette régulation des émotions nous libère de ce qui pourrait être une domination des émotions et une vie entièrement pilotée par des instincts et des réflexes. Ainsi, les personnes souffrantes du trouble anxieux pourront améliorer leur qualité de vie jusqu’à éliminer les attaques de panique et atténuer leur niveau de stress et leur anxiété. Les séquelles psychologiques et sociales seront atténuées, voire même absentes. Et c’est tout l’entourage de ces personnes qui retrouvera l’harmonie.